La Transat vue par Bérengère…

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Ça y est, c’est le départ ! Le vrai cette fois. Nous sommes lundi 1 février et nous partons de Mindelo direction les Antilles…

Laurent se tourne vers moi et me questionne pour la énième et dernière fois : « Tu es prête ? Ça va aller ? On y va ? » Questions auxquelles je réponds successivement : « Non, je ne sais pas et de toute façon on a plus trop le choix maintenant et puis on est pas arrivés jusqu’ici pour abandonner maintenant ! »

Deux couples voisins de ponton rencontrés quelques jours plus tôt sont venus nous aider à larguer les amarres et nous souhaiter bon courage. « Rendez-vous de l’autre côté »

Je pourrais vous raconter que ces 16 jours n’ont vraiment pas été une partie de plaisir, que nous avons été ballotés dans tous les sens par une houle formée et croisée et des vents soutenus toujours compris entre 20 et 35 nds, que j’ai perdu le décompte du nombre de fois où j’ai vomi, que j’ai passé des journées entières allongée sans pouvoir faire quoi que ce soit, que nous avons passé des journées entières dans la grisaille sans voir le soleil, que nous avons subi nos premiers grains dès le 3ème jour et que la première accalmie n’a eu lieu que le dixième jour et n’a duré qu’une seule journée. Enfin un vécu bien différent des récits lus ou racontés par certains…. Peut-être d’ailleurs n’est ce qu’un mythe cette fameuse longue houle de l’atlantique !

Mais n’ayant pas envie de décourager les suivants plus que nécessaire et n’ayant pas envie d’écrire un récit tout en noir, je vais plutôt essayer de vous partager les sentiments, les ressentis qui m’ont habitée tout au long de cette traversée.

On est seuls, au milieu de l’océan, il n’y a personne autour, aucune manifestation prouvant qu’il y ait âme qui vive dans ce désert d’écume. Pas une trace d’avion dans le ciel, pas un oiseau non plus et les seuls êtres vivants que nous ayons vus en 15 jours sont les poissons volants venus s’échouer sur le pont du bateau au détours d’une malencontreuse manœuvre d’amerrissage. Des conditions parfaites pour la méditation ou pour comme nous l’appelions avec Laurent nos Vagabondages de l’esprit. Ainsi nous passons des heures et des jours entiers le regard perdu sur l’horizon à laisser vagabonder nos pensées. Parfois, à cours d’inspiration, nous échangions ce qui donnait lieu à des discutions pour le moins étrange. « Tu pensais à quoi là ? A des prénoms pour nos futurs enfants…. Et toi ? Moi j’imaginais les travaux que nous pourrions faire à la maison. » ou encore : « Je me demandais si j’avais envie de retrouver le même travail en rentrant ou si je voulais essayer d’en changer et toi ? Moi je j’imaginais une bonne baguette de pain, tu sais une bien dorée, croustillante et à la fois moelleuse à l’intérieur. » bref une vraie semaine de discernement.

En ce qui concerne les émotions, je trouve que toutes sont exacerbées en navigation. Ainsi comme les enfants, il est facile de passer de la joie à la mélancolie. Une musique aimée ou un dessin brillamment réalisé par les enfants peut nous transporter en quelques secondes dans un état d’extase. A l’inverse, un malencontreux évènement peut rapidement nous conduire au désespoir. Comme Gabin qui un jour avale un bombon tout rond et se met à hurler. « Mon dieu mais nous sommes au milieu de nulle part, et s’il s’étouffait ! mais on ne peut rien faire…. »

Ce sont d’ailleurs ces émotions incontrôlables qui m’ont permis faire le rapprochement. En fait cette transat ressemble en tout point au vécu d’une grossesse concentrée en 15 jours seulement. Je m’explique :

  • Le premier trimestre qui correspondant ici aux 4-5 premiers jours, je suis sujette à une nausée quasi constante et une grosse fatigue. Je passe beaucoup de temps à dormir et à vomir de temps en temps. Nous sommes à la fois excités par cette aventure qui débute et inquiets quant à la suite du parcours. Est-ce que tout va bien se passer ?
  • Le deuxième trimestre de J5 à J11. Les nausées sont finies, ouf ! On est beaucoup moins fatigués, notre corps s’est enfin habitué à ces nombreux changements. De toute façon maintenant impossible de faire machine arrière donc autant prendre sont mal en patience et trouver de quoi s’occuper pour passer le temps. Mais qu’est-ce que c’est long !! Par contre si la nausée à totalement disparue cela ne veut pas dire que je n’ai plus vomi. Les odeurs, certaines, peuvent pour moi se révélées fatales. Depuis hier, une petite odeur désagréable, dont nous ne parvenons pas à retrouver l’origine, se répand dans le bateau. Ce n’est ni la poubelle, ni les légumes, mais qu’est-ce donc ? Les œufs ! un œuf dans la boite n’a pas résisté à la houle et s’est cassé. Lorsque j’ouvre la boite et découvre l’accident s’en est trop pour moi et mon estomac… Je vous épargnerai les détails mais ce ne sera malheureusement pas le seul épisode de ce genre que j’aurais à affronter pendant la traversée.
  • Troisième trimestre de J12 à J15. Ça y est on approche du but. Mais c’est long, très long… Là on commence vraiment à avoir envie d’arriver, qu’on en finisse enfin ! Mais non, il faut encore attendre, s’occuper comme on peut. La fatigue commence à revenir. Nous rêvons d’une nuit complète sans réveils incessants, de nourriture, de pouvoir manger tout ce qui nous était impossible jusque-là. Et puis on a hâte de découvrir ce pourquoi nous avons été dans cet état, dans notre cas les Antilles, tant de fois rêvées.
  • La naissance où dans notre cas l’arrivée. Ça y est, c’est fini. Plus de nausées, de sauts d’humeurs, de fatigue. Après une bonne nuit de sommeil, un bon repas et la découverte de cette terre promise, toutes les épreuves endurées sont déjà presque oubliées. Finalement on à survécu et le principal : tout le monde est en pleine forme. D’ailleurs nous sommes plutôt fiers de nous. On a réussi, on l’a fait !!

Les enfants ont été adorables pendant toute la traversée. Il ne se sont jamais plaints de la durée et n’ont même jamais demandé si nous arrivions bientôt. Trop heureux de pouvoir jouer comme des fous dans le bateau, de construire des cabanes, d’écouter des histoires enregistrées, ils n’avaient que faire des mouvements incessants du bateau, au point de se demander parfois s’ils en avaient encore conscience ! Le moment le plus attendu de la journée n’était autre que l’ouverture des pochettes surprises quotidiennes du gouter.

Pour ceux qui nous poserais la question, non nous n’avons pas pêcher et n’avons d’ailleurs même pas essayé. Sachant qu’ouvrir une boite de ravioli pour la faire chauffer et la servir aux enfants sans mettre de la sauce tomate partout s’avérait parfois être un pur exploit, qu’aurions-nous pu faire d’un poisson !! De toute façon la pêche c’est pas notre fort, autant se résigner.

Pour tous ceux qui aurait encore du mal à imaginer ce que nous avons vécus voici quelques comparaisons amusantes auxquelles Laurent et moi avons pensé.

Nous avons parcouru 2230miles soit 4130km, la distance aller-retour de Brest à Rome, à la vitesse moyenne de 5.9nd soit environ 11km/h ce qui équivaut à la vitesse d’un cheval au trot. Le tout enfermé, avec votre conjoint et vos deux enfants, dans une roulotte avec balcon. Le trajet durera près de 16 jours sans pouvoir ni s’arrêter ni descendre de la roulotte qui n’empruntera que des routes très sinueuses et plutôt chaotiques. Qui veut tenter l’expérience ??

Mais malgré tout ce que j’ai pu vous raconter nous sommes tous heureux d’avoir vécu cette expérience pour le moins enrichissante et d’être arrivés aux Antilles.

Nous sommes amarrés à la marina de Port louis à Grenade. Notre voilier de voyageur fait un peut tache au milieu de ces yachts de luxe et de ces gros catas de loc, mais tant pis, on a bien mérité un peu de confort et comptons bien en profiter un peu avant de partir à la découverte des multiples îles paradisiaques des Grenadines.

Nous n’avons que peu de photos de cette traversée et surtout ne vous y trompez pas, celles prises à l’extérieur ne l’ont été que l’unique jour d’accalmie…

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10 comments on “La Transat vue par Bérengère…”

  1. Bravo, bravo, bravo !
    On est d’accord, la transat, ce n’est pas de tout repos, c’est même pénible à certains moments (plus fréquents qu’on ne l’imaginait avant le départ). Mais la joie de l’arrivée, de la réussite, du voyage qui continue, c’est juste formidable.
    Alors, félicitations à toute la famille !!!
    On pense fort à vous, reposez-vous bien et profitez de l’autre côté de l’Atlantique 😉
    Bisous,
    Anso

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  2. Bonjour
    Nous vous avons croisé au large de la Barbade. Vous avez du nous voir sur votre AIS (Voilier Knot Normal en convoyage). Je confirme les conditions musclées de la transat à cette période. Nous étions sur un cata qui roulait un peu moins qu’un monocoque sous cette trés forte houle mais on a quand même été bien secoués !!!!Bravo car faire cela en famille n’a pas du être de tout repos.

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  3. Et yessss! Bravo! Pour moi c’est un plaisir de te lire en tout cas. Un plaisir aussi de savoir que vous êtes sains et sauves! Profitez des Grenadines, vous m’en raconterai, j’y vais pour 6 semaines, janvier 2018 🙂

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  4. Et ben….. Pour nous, ça avait été un peu plus facile, enfin, je laisse Aline commenter…. Profitez bien de la suite, en tous cas (dans votre coin, on a aimé oag island, Cariacou surtout puis plus haut, chatam bay)

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  5. Bravo ! cette traversée difficile en famille force le respect et même l’admiration car nous savons, en ce qui nous concerne que nous n’aurions pas eu ce courage.Profitez au maximum de ce séjour oh combien mérité dans l’arc antillais . De notre coté nous reprendrons notre périple tranquille en Mai en Méditerrannée depuis la Corse (Sardaigne, Malte ?, Sicile?). Bises a vous 4. Maria et Patrick

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  6. Bravo à tout l’équipage… You did it !
    Une belle aventure avec toutes ses épices, un souvenir à jamais gravé dans vos esprits.
    Félicitations au capitaine d’avoir su vous mener à bon port dans ces conditions peu favorables.
    Un grand bravo aux deux petits mousses. L’adaptabilité des enfants dans ces situations est toujours étonnantes…
    Et mention spéciale à toi Bérengère pour tes récits de mer. C’est toujours un plaisir de te lire !
    Profitez bien des caraïbes, vous les avez méritées !!

    Bises à vous 4
    Eryck

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  7. Bravo à tout l’équipage… You did it !
    Une belle aventure avec toutes ses épices, un souvenir à jamais gravé dans vos esprits.
    Félicitations au capitaine d’avoir su vous mener à bon port dans ces conditions peu favorables.
    Un grand bravo aux deux petits mousses. L’adaptabilité des enfants dans ces situations est toujours étonnante…
    Et mention spéciale à toi Bérengère pour tes récits de mer. C’est toujours un plaisir de te lire !
    Profitez bien des caraïbes, vous les avez méritées !!

    Bises à vous 4
    Eryck

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  8. Bonjour et bravo
    Je vous suis depuis le début avec Eryck
    Bravo à vous
    Vous l’avez fait ensemble
    Et maintenant la récompense :
    Les Antilles !
    Mille pensées pour vous tous
    Et profitez bien de l’accalmie
    Pleins de bisous Ana

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