Au fil de la Casamance, Zanzibar prend son temps…

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Après de nombreuses hésitations, vraiment très nombreuses, nous avons finalement décidé de rester en Casamance jusqu’aux fêtes de Noël :

– « Allez, on y va, comme ça, on sera aux Antilles pour Noël »
– « En même temps, ce serait tellement sympa de passer Noël ici avec les gens du village avec qui nous avons déjà sympathisés. Il nous reste tellement de choses à découvrir, on se sent tellement bien… »

Bon cette fois, c’est sûr, on reste !

La vie est tellement paisible, et les locaux si gentils, on a vraiment envie de passer encore plus de temps avec eux, de mieux les connaître. Comme je le disais dans le précédent article, c’est sur l’île d’Ehidj que nous avons lié le plus d’amitiés et c’est ici que nous décidons de passer le plus de temps, jusqu’aux fêtes de fin d’année.

Tout d’abord, loin d’être une chose aisée, nous essayons de comprendre la composition de chaque cellule familiale puis de définir les liens unissant chaque membre. Car si chez nous, il est évident qu’un enfant est élevé par son père, beau-père, sa mère ou sa belle-mère, ici, il est loin d’en être ainsi. Par exemple, un couple à 3 enfants, le père décède, la mère à le choix entre rester au village avec ses enfants ou de repartir dans son village natal pour se remarier. Les enfants sont ainsi confiés au frère ainé du père qui n’est autre que l’oncle des enfants. Autre exemple, un couple à 4 enfants, 3 garçons et une fille, la mère va confier sa fille à une autre femme (sœur, cousine) pour qu’elle l’élève à sa place, car comme elle n’a qu’une fille elle risque de ne pas l’élevée correctement, comprendre assez fermement. Elle risque d’être trop laxiste avec sa fille puisqu’elle n’en n’a qu’une seule. Ici pas d’enfant roi.

Pour mieux comprendre toute la généalogie des habitants, notre ami Benoit, habitué des lieux, à retranscrit toute la généalogie remontant jusqu’au premier habitant de l’ile, un guerrier nommé Niaky Soumaré. Aujourd’hui, 5 générations plus tard, presque tous les habitants de l’île portent encore fièrement ce même nom de famille. Pour autant, aucune consanguinité grâce aux femme venues d’autres villages.

Ehidj est également appelée l’île des féticheurs, elle comprend son bois sacré uniquement accessible pour les hommes et ses fétiches que chacun vient prier pour exaucer ses vœux.

Depuis le début du mois, a commencé la récolte du riz. Chaque jour, les femmes se lèvent à l’aube pour préparer les enfants, leur faire le petit déjeuner avant qu’ils ne partent à l’école. Elles partent ensuite, généralement en groupe, dans les rizières sur une île voisine. A bord d’une pirogue, il leur faut ramer quelques fois contre vents et courants pour atteindre ces iles. Commence alors une dure et longue journée de labeur. Dans les rizières, sous le soleil cuisant, elles coupent à la main les brins de riz qu’elles nouent ensuite pour former des bouquets, elles ne s’arrêtent qu’à midi pour manger un repas à l’ombre d’un grand baobab, que l’une d’entre elles a été préparer à l’avance. Une fois le repas fini, à peine ont-elles le temps de se reposer, qu’elles repartent travailler. Pas une ne se plaind de la fatigue, ou de la chaleur harassante. Elles chantent, rient et discutent, tout en continuant ces mêmes gestes encore et encore…. Chaque jour de la semaine, hormis le dimanche, elles recommencent. La récolte dure ainsi environ 2 mois et demi.

Une fois de retour chez elles, vers 18h30, il faut encore s’occuper des enfants de retour de l’école, aller puiser de l’eau pour faire la lessive, allumer un feu pour faire cuire le repas. Les hommes pendant ce temps, eux, vont à la pêche ou récolter du bounouk, le vin de palme, en haut des palmiers. Les plus jeunes enfants, de 2 à 5 ans, occupent leurs journées à jouer et se balader seuls dans le village, attendant le retour de leur maman.

Nous nous intégrons chaque jour d’avantage dans la vie de ces villageois.

Blanche se rend désormais régulièrement à l’école du village avec ses copains et y suit les cours de la classe intermédiaire correspondant au CP chez nous. La seule différence étant que les enfants de son âge y apprennent le français. Il n’y a sur l’île qu’un seul instituteur, Théophile, qui s’occupe de 15 élèves répartis en 2 niveaux, les petits et les grands qui sont en CM1. Nous sommes, ici encore, loin des standards européens, la classe est équipée de bancs d’écoliers et de tableaux noirs.

Chaque enfant possède une ardoise, le reste des petites fournitures correspondant aux cadeaux fait par les toubabs de passage (cahiers, crayons, règles, gommes). Les enfants arrivent à 8h le matin et travaillent jusqu’à 11h sans discontinuer. Ils ont 30min de récréation pour avaler leur gouter, jouer au foot, et à 11h30 retournent en classe jusqu’à 13H. Heure à laquelle ils ont enfin la pause pour aller manger. En classe, les enfants sont très calmes, et studieux. Ils participent beaucoup et lèvent tous la main pour répondre à une question même s’ils ne connaissent pas la bonne réponse. Blanche de nature plus timide et réservée n’ose pas encore participer à l’oral mais j’ai bon espoir qu’elle suive l’exemple de ses camarades et prenne de l’assurance en les imitant.

Gabin, n’ayant pas l’âge requit pour aller à l’école, trouve en permanence des copains pour aller jouer. Il est ici comme un poisson dans l’eau, heureux de pouvoir se balader où bon lui semble sans avoir ses parents sur son dos lui assenant les mêmes consignes : « attention aux voitures, ne cours pas si proche de la route, ne pars pas si loin, je veux pouvoir te surveiller ». A tel point que j’ai l’impression que notre fils devient sauvage !!

Un jour, alors que je suis attablée chez Léon à discuter j’entends Gabin qui m’appelle. Il est très fier de me montrer qu’il a réussi à grimper en haut d’un arbre. Un peu inquiète de le voir si haut, je lui demande de descendre.

– « Non, je veux rester dans mon arbre ».

Après négociation, je réussi à l’en faire descendre. Son short est trempé, il a fait pipi dedans. Il est couvert de terre et à enfilé ses crocs à l’envers !! Un vrai petit sauvage. Après un rapide rinçage dans le bolong, il repart vite fait retrouver ses copains.

Chaque fois que nous devons retourner sur le bateau, il faut partir à la recherche de Gabin.
– « Savez-vous où est-il aller ?? »
– « Je crois qu’il est chez Nathalie en train de jouer avec les canards ».

Un autre jour, Gabin parti comme à son habitude, se balader dans le village, revient au campement la mine radieuse
– « Maman, regarde ce que j’ai trouvé ? »
Et il me montre ce qu’il tient fièrement dans les mains, un petit caneton.
– «Mais où l’as-tu trouvé ? »
– «Bah, chez Nathalie ! Il est trop mignon maman ». Chez Nathalie, c’est de l’autre côté du village. Je réalise alors, qu’il a traversé seul tout le village avec son caneton dans les mains, pour pouvoir nous le montrer ou peut être espérait il pouvoir l’emmener à bord.

Notre ami le canneton

Laurent lui aussi a bien pris ses marques ici et s’essaye à l’activité favorite de tous les hommes en Casamance, la pêche. Il progresse chaque jour car si lors de ces premières tentatives, il n’attrapait de crabes et poissons chats, il arrive désormais à attraper otolites et poissons lune. A force de persévérance, peut être finir a-t-il par attraper barracuda ou capitaine ? Affaire à suivre…

Hormis cette passion nouvelle d’apprentissage de la patience, Laurent aidé de Benoit, notre ami Belge, s’est lancé dans la réparation et la remise en état du système électrique de certaines maisons du village. Il y a quelques années, une association espagnole avait offert à chaque famille un panneau solaire, une batterie et un régulateur de charge permettant ainsi à chaque maison de s’éclairer à la nuit tombée. Malheureusement aujourd’hui, manque d’entretient, de connaissances et de moyens, tout ce matériel est abimé et quelques fois ne fonctionne plus. Nos 2 électriciens, armés de tournevis, pinces et multimètres remettent en état les installations électriques. Ils ont déjà permis à Nathalie de rétablir le courant qui ne fonctionnait plus depuis 3 ans permettant à son mari Boubakar de recommencer des séances de soutient scolaire pour les enfants du village. Il était jusque là obligé d’effectuer ces séances du soir à la lueur d’une bougie.

De mon côté, je ne m’ennuie pas non plus et passe beaucoup de temps avec les femmes, partageant ainsi un peu de leur quotidien.

Je vais ainsi avec elles dans les rizières sous le soleil brulant, couper le riz brin par brin toute la journée durant, au rythme des chants joyeux et des paroles encourageantes. Loin d’être rapide et efficace, elles ne cessent pourtant de me remercier et de me féliciter. Un jour, Mamie, une jeune femme du village avec qui je m’entends très bien m’emmène dans son champ pour récolter des haricots. Une fois sur place, nous remarquons que les fleurs d’hibiscus, dont elles se servent pour faire le jus de Bissap, sont éclosent et qu’il est grand temps de les cueillir. Nous en récoltons le plus possible mais par manque de panier et de temps car il va bientôt faire nuit, nous ne pouvons tout récolter. « C’est bête » me dit-elle, « si je les laisse, les bêtes vont venir les manger, tout sera gâté mais moi je n’ai pas le temps de les récolter, j’ai trop de travail ». Moi en revanche j’ai du temps et ça je peux le faire. Le lendemain, accompagnée de Caroline, nous revenons pour récolter toutes les fleurs restantes. J’apprends également à leur coté a réalisé du batik, technique d’impression sur des tissus. Se succèdent des étapes d’application de cire, de séchage, de trempage dans de la teinture puis séchage puis trempage dans de l’eau bouillie pour retirer la cire puis séchage. Si l’on désire plusieurs couleurs il faut recommencer une deuxième fois toutes ces étapes. Le travail est long et fastidieux mais le résultat épatant.

Vous l’aurez compris nous passons beaucoup de temps avec les villageois. Plusieurs fois déjà nous avons été conviés dans les familles à partager un repas avec eux. Assis dehors, par terre ou sur un petit banc, en cercle autour d’un grand plat de riz agrémenté d’une sauce à l’oignon et généralement de poissons nous mangeons tous à même le plat, eux avec les doigts, nous avec une cuillère. Ce sont chaque fois des moments de partage et d’échange merveilleux. Si le riz est toujours présent au menu, en revanche la préparation varie. Eux mangent le plus souvent du poisson mais aussi de temps en temps du poulet, et du cochon les jours de fêtes. Si les hommes partent à la chasse ils peuvent aussi manger du singe, du croco ou du pélican !!

Aujourd’hui c’est Noël nous avons eu ce matin la messe en l’église du village (Il y a peu de prêtres et beaucoup d’îles). Cet après-midi les femmes préparent le diner de fête pendant que les hommes boivent le bounouk. Au menu ce sera spaghettis !!! Ici les festivités vont durées 3-4 jours et tous les soirs il y aura de la musique, des djembés et des danses. Espérons que nous serons à la hauteur et tiendrons l’endurance de ce marathon festif !!

JOYEUX NOEL A TOUS !

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5 comments on “Au fil de la Casamance, Zanzibar prend son temps…”

  1. Salut les amis, très bonne année à toute la famille !!!
    2018 sera forcément un excellent cru, plein de joies, de rencontres et de découvertes.
    A bientôt et plein de belles choses pour la suite.

    Bisous,
    Anso

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  2. Salut les marins,
    Bérengère, c’est un vrai régal de relire ton article qui réveille tant de souvenirs de cette belle île.
    Ou êtes vous ? Repartis de Casamance ? Déjà sur la grande traversée ?
    Une belle année à tous les quatre.
    Donnez des nouvelles….
    Eryck

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